Presque toutes les semaines, quelqu'un nous pose une variation de cette question : "J'ai un budget pour investir dans un appartement en Tunisie pour le louer en courte durée. Où je dois acheter ?" Et presque toutes les semaines, notre réponse commence par : ça dépend de ce que vous cherchez. Pas une esquive — une vraie réponse, parce que "où investir" sans définir vos critères de succès, c'est choisir une voiture sans savoir si vous habitez en ville ou à la campagne.

Ce qu'on peut faire, en revanche, c'est cartographier honnêtement les principales zones où nous opérons, avec leurs vrais atouts, leurs vraies limites, et les fourchettes de revenus que nos propriétaires y observent. C'est ce que vous allez trouver ici.

La Marsa / Sidi Bou Said — le segment premium

La Marsa & Sidi Bou Said

Rentabilité élevée

C'est le marché le plus mature et le plus compétitif de Tunisie pour la location courte durée. La clientèle est internationale — Français, Italiens, voyageurs du Golfe — mais aussi tunisienne haut de gamme. La saisonnalité est réelle mais moins brutale qu'en bord de mer : on loue de mars à novembre avec un creux modéré en hiver.

Un appartement deux chambres bien positionné à La Marsa tourne autour de 150 à 280 DT la nuit en moyenne, avec des pics à 340-380 DT en juillet-août pour les biens avec piscine ou terrasse vue mer. La concurrence est dense, ce qui signifie que la qualité de l'annonce et la gestion font une vraie différence de positionnement.

Atout principal : saisonnalité étendue, clientèle internationale régulière, image premium. Limite principale : le prix d'achat au m² est le plus élevé de la région, ce qui réduit le rendement brut sur investissement. Si vous achetez aujourd'hui à La Marsa, votre rendement locatif sera plus faible qu'en 2020 — mais la valeur patrimoniale du bien progresse, elle aussi.

Taux d'occupation moyen65–74%
Prix moyen/nuit150–340 DT
SaisonnalitéMars → Novembre

Ain Zaghouan / Zaghouan — le segment émergent

Ain Zaghouan & alentours

Segment émergent

C'est peut-être la surprise la plus intéressante de ces deux dernières années. Ain Zaghouan et la zone de Zaghouan captent une clientèle que le marché traditionnel de la location saisonnière ne servait pas : des Tunisiens qui cherchent à s'éloigner du bruit de Tunis le temps d'un week-end, à profiter d'un cadre vert, d'un air plus frais en été. La tendance "évasion locale" qu'on observait en Europe s'est bien installée ici aussi.

Les prix sont naturellement plus bas — on est sur 80 à 150 DT la nuit pour un bien confortable. Mais les charges sont aussi bien plus légères : coûts d'achat inférieurs, moins de pression concurrentielle, rotation souvent favorable le week-end. Le profil idéal pour cette zone : une villa ou un riad avec jardin, une piscine si possible, une atmosphère authentique. Le "glamping" et les concepts nature-luxe y trouvent leur public.

Atout principal : moins de concurrence, clientèle locale fidèle, investissement initial plus accessible. Limite principale : revenu moyen par nuit plus faible, demande moins prévisible hors week-ends et vacances scolaires.

Taux d'occupation moyen48–58%
Prix moyen/nuit80–160 DT
Point fortWeek-ends, été

Hammamet / Nabeul / Mrezga — le balnéaire classique

Hammamet, Nabeul & Mrezga

Hyper-saisonnier

C'est la zone la plus connue des touristes étrangers — et aussi la plus risquée à appréhender sans analyse rigoureuse. Hammamet génère des revenus impressionnants en été. On parle de 22 à 28 nuits réservées en juillet pour un appartement ou une villa correctement gérée, à des prix qui vont de 200 à 500 DT la nuit selon le standing et la proximité de la mer. En août, certains biens atteignent 95% de taux d'occupation.

Et pourtant, beaucoup de propriétaires dans cette zone sont déçus. Parce qu'ils ont calculé leur rentabilité sur juillet-août, et n'ont pas anticipé que décembre et janvier pouvaient représenter moins de 4 nuits louées. La vacance hivernale est réelle, longue, et elle pèse lourd dans la rentabilité annualisée. Il faut qu'un bien dans cette zone soit quasi payé ou très peu chargé pour que le calcul soit franchement positif sur 12 mois.

Atout principal : revenus estivaux élevés, forte notoriété touristique internationale. Limite principale : saisonnalité extrême — 4 mois font 80% des revenus de l'année. La gestion en basse saison est souvent chronophage pour des revenus très faibles.

Taux d'occupation moyen41–52% (annuel)
Prix moyen/nuit (été)200–500 DT
Saison hauteJuin → Septembre

Tunis centre / Lac 2 — la clientèle d'affaires

Tunis Centre & Les Lacs

Stable & régulier

C'est le marché le moins "glamour" mais aussi le plus prévisible. La clientèle est principalement composée de professionnels en déplacement — consultants, cadres étrangers, membres de la diaspora de passage — qui cherchent un logement fonctionnel, bien connecté, avec un parking ou un accès facile aux transports. La semaine, le taux de remplissage est solide ; le week-end, il est généralement plus faible.

Les revenus moyens se situent autour de 90 à 160 DT la nuit, sans les pics estivaux spectaculaires de la côte, mais aussi sans les creux hivernaux brutaux. Un appartement au Lac 2 ou aux abords du centre peut atteindre 61-68% de taux d'occupation sur l'année avec une gestion sérieuse — ce qui est honnêtement assez bon.

Atout principal : saisonnalité lisse, faible dépendance au tourisme de loisir. Limite principale : l'appartement doit répondre à des standards précis (Wi-Fi très rapide, cadre de travail, propreté irréprochable) — la clientèle d'affaires est exigeante et peu indulgente dans les avis.

Taux d'occupation moyen61–68%
Prix moyen/nuit90–165 DT
SaisonnalitéToute l'année

Ariana / Soukra — le segment intermédiaire

Ariana & Soukra

Bon rapport qualité/prix

Ces zones sont souvent sous-estimées. La demande locale y est forte — familles en déplacement, jeunes mariés cherchant un pied-à-terre, voyageurs qui veulent rester proches de l'aéroport ou du nord de Tunis sans payer les prix de La Marsa. Les prix d'achat y sont plus raisonnables, et la demande locative tient bien sur l'année.

On observe des taux d'occupation autour de 57-63% sur l'année pour les biens bien positionnés, avec des prix entre 70 et 130 DT la nuit. Ce n'est pas spectaculaire — mais le rendement sur investissement est souvent meilleur qu'à La Marsa, précisément parce que le prix d'achat au départ est plus accessible.

Taux d'occupation moyen57–63%
Prix moyen/nuit70–130 DT
Point fortDemande locale forte

"La zone compte. Mais le bien lui-même — son état, sa présentation, sa gestion — compte au moins autant. On a vu des appartements à Soukra surpasser des villas à La Marsa mal gérées."

Ce qui compte vraiment : au-delà de la zone

On pourrait s'arrêter à ce comparatif et conclure : achetez à La Marsa pour les revenus maximaux, à Zaghouan pour l'authenticité, à Hammamet si vous aimez le risque saisonnier. Ce serait trop simple, et pas tout à fait juste.

Ce qu'on observe sur le terrain, c'est que la qualité intrinsèque du bien et la qualité de sa gestion influencent la rentabilité autant que la zone. Un appartement soigneusement aménagé, avec des photos professionnelles, une annonce bien écrite et une réponse rapide aux voyageurs, surperforme systématiquement ses voisins dans la même rue. La zone crée le plafond — la gestion détermine à quelle hauteur on atteint ce plafond.

Ce qui est moins évident : les zones émergentes offrent précisément les meilleures opportunités pour ceux qui y entrent tôt. En 2019, un appartement à Ain Zaghouan mis sur Airbnb était une curiosité. En 2025, c'est une catégorie à part entière avec sa propre clientèle. Dans trois ans, ce sera peut-être Kélibia, ou Béja, ou une zone qu'on ne surveille pas encore vraiment.

Alors, quelle zone choisir ?

Si vous voulez maximiser les revenus absolus et que le prix d'achat n'est pas votre principale contrainte : La Marsa ou le nord de Gammarth. Si vous cherchez un rendement locatif optimal sur l'investissement initial, avec moins de compétition : Ariana, Soukra, ou une villa avec jardin à Zaghouan. Si vous avez un bien existant à Hammamet ou Nabeul : gérez-le bien en saison, réduisez vos charges hors saison, et ne vous attendez pas à des revenus linéaires.

Et si vous ne savez pas encore exactement ce que vous cherchez : c'est précisément le genre de question qu'on aide à clarifier lors d'un premier échange. Pas pour vous vendre un service — pour vous aider à prendre une décision qui tienne sur le long terme.

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